COP 21 - Deuxièmes consultations ministérielles informelles à Paris Les 6 et 7 septembre 2015

JPEG

"Chers collègues et amis,

Merci beaucoup d’avoir bien voulu répondre à l’invitation que Manuel et moi-même vous avons adressée. Pour un certain nombre d’entre vous d’ailleurs, c’est la deuxième fois, puisque vous étiez là lors de la réunion informelle de fin juillet. En tout cas, je considère que cela montre votre détermination - je vous en remercie chaleureusement - à contribuer personnellement au succès de la COP21 - la « Conférence de Paris ». Je vous souhaite à nouveau une très cordiale bienvenue.

Nous savons que l’année 2015 doit marquer une évolution vers un monde plus prospère, plus durable et plus juste. À cet égard, les trois conférences d’Addis-Abeba, de New York et de Paris devraient contribuer à ce « triangle du basculement ». Elles nous donnent l’occasion historique d’apporter une réponse mondiale à ce qui constitue probablement un des plus grands défis de notre temps, c’est-à-dire permettre l’accès de tous au développement sans sacrifier notre planète commune.

En juillet, une première étape a été franchie à Addis-Abeba, avec la confirmation des moyens financiers alloués en faveur du développement. Cet été, les objectifs du développement durable ont été précisés. Il est vraisemblable qu’ils seront adoptés par les chefs d’État et de gouvernement dans quelques jours à New York, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Après ces deux succès, le prochain rendez-vous crucial, c’est évidemment la Conférence de Paris en décembre. Un adage français dit : « Jamais deux sans trois ». Nous avons une excellente occasion de l’appliquer.

D’autant plus que l’actualité nous rappelle l’urgence d’agir. 2014 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, et 2015 risque de battre encore ce record. Le mois de juillet a été le mois le plus chaud jamais enregistré et de fortes vagues de chaleur ont souvent touché vos pays avec des températures considérables : par exemple, nous avons nos amis iraniens qui sont ici où des températures de 70°degrés ont été atteintes. Puis, il y a toute une série de phénomènes extrêmes que nos populations subissent.

En juillet, nous nous étions réunis en amont de la conférence de Paris pour discuter un certain nombre de points et les discussions avaient été, je crois, jugées fructueuses et des conclusions vous avaient été transmises.

Je retiens de la réunion que nous avions eue en juillet notamment deux points. Le premier, c’est un consensus qui est de plus en plus large sur le principe d’un accord à Paris qui soit durable et qui permette, sous certaines conditions, de revoir régulièrement nos objectifs vers le haut. Mais évidemment un accord sur ce point est conditionné à des progrès sur d’autres aspects. Un autre point qui m’avait frappé, sur lequel nous avions eu un consensus, c’est la nécessité d’accélérer la négociation avec l’objectif de disposer, dès octobre, d’un texte court, avec peu d’options à trancher - j’y reviendrai en présence de nos amis Dan et Ahmed, les deux co-présidents de l’ADP.

Aujourd’hui et demain, il est donc prévu que nous discutions de sujets qui peuvent permettre de faciliter la négociation. D’une part, les moyens de mise en oeuvre, c’est-à-dire la question des financements, qui est très importante, mais aussi la question des partenariats et le renforcement des capacités. D’autre part, nous avons prévu de discuter de l’adaptation aux impacts du dérèglement climatique et de la question que nous appelons dans notre jargon les « pertes et dommages » - c’est-à-dire, en termes plus compréhensibles pour le public par quels mécanismes de solidarité, aider les pays les plus vulnérables quand ils sont frappés par les dérèglements climatiques.

Je veux dire un mot sur une inquiétude peut être qui a été exprimée lors des négociations qui viennent de se tenir à Bonn sur ce que nous faisons ici à Paris. Nos consultations sont organisées évidemment non pas pour remplacer le processus formel, mais pour le compléter et nous les considérons tous comme un appui pour aider les négociateurs à remplir leur mission à temps. Nous sommes un groupe équilibré et nous échangeons sur les grands points politiques de la négociation climat. Nous essayons d’identifier les compromis qui pourront former la base du texte final que nous aurons, le moment venu, la responsabilité d’adopter. Nous avons donc veillé, évidemment cela n’est jamais parfait, à ce que notre groupe soit représentatif de la diversité des positions qui s’expriment dans les négociations, et bien sûr nous avons laissé la porte ouverte à tous ceux qui souhaitaient participer - ce qui nous permet aujourd’hui d’être une assemblée extrêmement fournie et représentative venant de toutes les régions du monde et de tous les groupes de négociation.

Un mot sur la dernière session de négociations qui vient de s’achever à Bonn et, plus généralement, sur ce qui s’est passé depuis juillet, Les co-présidents de l’ADP, nos amis Dan et Ahmed, que je salue, vont nous présenter les résultats tout à l’heure, s’ils le veulent bien. Je me limiterai à une remarque qui, je crois est partagée par tout le monde : la direction est la bonne, mais le rythme est encore jugé insuffisant. D’ailleurs, lors de la réunion de juillet nous avions tous convenu de la nécessité d’accélérer et de passer du pas ou du trot, je ne sais pas comment il faut dire, au galop. Ce qui s’est passé à Bonn doit nous faire penser que l’on va dans cette direction et les échanges que nous allons avoir aujourd’hui et demain, qui portent sur des sujets prioritaires pour les pays en développement et les pays les plus vulnérables, permettront de renforcer la confiance nécessaire à l’émergence de compromis.

Un mot aussi sur les contributions, les fameuses « INDC ». Vous connaissez les chiffres, à ce jour, 56 pays ont déposé la leur et plusieurs pays ont annoncé qu’ils vont le faire dans les jours qui viennent. Plus de 60% des émissions mondiales sont couvertes. Certaines contributions ont été jugées plus ambitieuses que d’autres, il y a eu de bonnes surprises, il y a eu des déceptions, mais si l’on veut avoir un jugement en moyenne, les engagements pris sont plus importants que ceux de Copenhague. Sans attendre le rapport des Nations unies prévu pour le début novembre, il y a certains think tanks qui ont déjà évalué l’impact de ces contributions et ils nous disent que nous serions sur une trajectoire de 3 degrés. C’est évidemment bien en deçà du réchauffement de 4 degrés - voire de 5 degrés - qui résulterait des tendances actuelles si elles restaient inchangées, mais ce ne sont pas encore les 2 degrés que nous avons à l’esprit. Nous devrons donc, selon des méthodes à déterminer, accroître nos efforts. Il est très important que tous les pays annoncent leur contribution et je crois que nous aurons de nouvelles annonces dans les prochains jours. Il est très important également que l’accord que nous avons pu trouver en juillet sur la nécessité d’un accord durable et révisable à la hausse soit partagé par tous. C’est certainement une condition très importante pour que l’accord de Paris soit substantiel.

***

J’en viens maintenant au déroulé de notre réunion. Après le compte rendu de la session intermédiaire de Bonn par nos amis les co-présidents de l’ADP, Laurence Tubiana vous présentera les différents travaux que nous avons engagés en dehors du processus de négociation, et qui contribueront à soutenir un résultat ambitieux à Paris, en particulier dans le domaine des finances, des technologies et de l’adaptation.

Cet après-midi et demain matin, nous allons échanger autour de deux thèmes : les moyens de mise en oeuvre d’une part, l’adaptation et les pertes et dommages d’autre part. Le choix de ces sujets s’est imposé de lui-même, car ils sont essentiels pour parvenir à un bon accord.

Le financement, le transfert de technologies, le renforcement de capacités sont des enjeux majeurs, qui doivent permettre de placer le résultat de Paris sous le signe d’une bonne justice. Mais il ne s’agit pas seulement de justice, il s’agit aussi d’efficacité. Si nous cherchons un accord, c’est pour qu’il soit mis en oeuvre. Or les pays en développement ont indiqué qu’ils étaient prêts à adopter des trajectoires sobres en carbone, mais qu’ils ne pourraient pas le faire seuls. Ils doivent être appuyés dans leurs efforts, notamment pour élaborer leurs politiques publiques et pour attirer et financer des investissements verts.

La question de l’adaptation et des « pertes et dommages » est, elle aussi, centrale. C’est une priorité pour beaucoup de pays qui ont une faible responsabilité s’agissant des causes du problème mais se trouvent en première ligne s’agissant de ses conséquences. Cette question mérite d’être traitée à parité avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous devons désormais apporter des réponses concrètes, qui feront la différence sur le terrain. C’est ce que nos populations attendent.

Nous avons choisi, comme en juillet, un format de discussions en deux temps. J’espère qu’il vous conviendra. Nous échangerons d’abord sur ces sujets en groupes restreints, sous la conduite de deux fois deux co-facilitateurs, que je remercie d’avoir accepté ce rôle. Nous partagerons ensuite les résultats de vos discussions en format plénier demain.

Je souhaite aussi qu’avant demain soir, nous prenions le temps d’évoquer la suite du processus. Il reste moins de trois mois avant le début de la COP21 - c’est très court - et, comme le souligne souvent Manuel, nous devrons tirer pleinement profit de chaque échéance à venir. Je me rappelle Manuel que tu as dit : « la règle, c’est qu’à chaque fois que nous nous réunissons, nous devons faire un progrès ».

Nous aurons, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, toutes une série de réunions qui devraient, je l’espère, faire avancer les solutions. Le 9 octobre, en marge des assemblées du FMI et de la Banque mondiale, les deux présidences de la COP20 et de la COP21 organiseront à Lima une réunion informelle des ministres des finances pour faire le point sur le sujet financier.

Une autre session de négociations se déroulera à Bonn durant la troisième semaine d’octobre. L’objectif est un texte concis, d’une vingtaine de pages, avec peu d’options. Il est souhaitable que le texte qui sortira des discussions soit stabilisé pour l’essentiel, et qu’il ne comporte plus que quelques options politiques que nous serons amenés à trancher à Paris.

Début novembre, je vous confirme que nous organiserons à Paris une pré-COP - qui sera large - qui permettra d’aborder ces points politiques pour que chacun se prépare à l’accord final.

Concernant la participation des chefs d’État et de gouvernement à Paris, car je crois qu’elle suscite beaucoup d’interrogations, nous souhaitons que cette participation soit concentrée sur le tout début de la Conférence de Paris, première journée au cours de laquelle les chefs d’État et de gouvernement qui le souhaiteront auront l’occasion de prendre la parole. Tous les pays seront conviés. Des lettres d’invitation vous parviendront prochainement, qui vous apporteront les précisions nécessaires. L’objectif, je sais que nous en avons discuté, c’est de donner une impulsion politique en début de conférence, en cherchant à éviter ce que nous appelons le « syndrome de Copenhague », c’est-à-dire l’idée que les chefs d’État et de gouvernement pourraient se substituer aux négociateurs à la dernière minute et trouver un accord « au finish », nous savons - « whether we like it or not » - que ce n’est pas ainsi que cela peut fonctionner et nous n’allons pas répéter cette procédure. Nous essayons de travailler beaucoup avant et l’impulsion politique sera donnée au tout début de la conférence de Paris.

***

Chers amis,

Avant tout cela, nous devons d’abord tirer le maximum de ces deux jours de consultations. Pour y parvenir, nous avons besoin des ingrédients qui ont fait le succès de notre réunion de juillet dernier : une volonté commune de progresser ; un fonctionnement inclusif, respectueux des idées de chacun ; et des échanges constructifs, tournés vers la recherche des compromis nécessaires. C’est un mélange subtil - vous y êtes habitués -, mais indispensable pour avancer.

Nous savons tous que le succès de Paris se construit très en amont. Il ne faut pas attendre d’être au pied du mur pour trouver des compromis. La culture de la « dernière nuit » n’est en général pas très favorable. On sait bien que l’urgence peut posséder certaines vertus, mais dans ce cas précis, elle risque de ne pas mener au résultat durable et équilibré que nous souhaitons tous. Si nous voulons faire de Paris le succès que chacun ici souhaite et le « turning point » qui est nécessaire, il faut que nous saisissions chaque occasion pour avancer. Notre réunion d’aujourd’hui, grâce à votre concours à tous, est une bonne occasion d’avancer. Je suis moi-même à votre totale disposition pour faciliter les solutions nécessaires."

Discours de Laurent Fabius du 6 septembre 2015

Dernière modification : 08/09/2015

Haut de page